Pierre Morel à l'Huissier: "Je suis inoxydable, rien ne m’arrête"

18 janvier, 2018 à 2:14 Publié par

Classés dans :,

En ce début d’année, on vous voit partout sillonner le département et participer à nombreuses cérémonies de vœux, quel est votre sentiment ?

 

Les déplacements sur l’ensemble du territoire permettent de prendre le pouls  et d’appréhender les attentes mais également les difficultés des habitants de ce département. C’est également l’occasion d’échanges forts intéressants avec des personnes de tous horizons.

 

Vous avez été élu pour la 4ème fois l’année passée, avez-vous encore besoin de cette présence ?

 

Elle est capitale ! Mon image est celle de quelqu’un de travailleur et de présent sur le territoire. Je ne changerai en rien ma façon de faire.

 

2017 a vu votre réélection mais également celle d’un jeune Président de la République.  

 

Effectivement. Notre Pays s’est doté d’un Président de la République très jeune. Ceci s’est accompagné d’une profonde restructuration du paysage politique. Ne pas le constater, c’est refuser l’évidence.

 

Comment vivez-vous cette nouvelle vie politique.

 

J’ai choisi, et j’assume, de ne pas rentrer dans une opposition bête et méchante. Cela m’est reproché, je n’en n’ai que faire ! J’ai été élu sur une orientation droite et centre mais surtout par des électeurs libres de leur choix. Tout le monde me connait et je ne vois pas aujourd’hui pourquoi je changerai de cap. J’ai prouvé ce que je savais faire et la Lozère me fait confiance depuis 15 ans maintenant.

 

Que vous disent les habitants de ce département ?

 

Ils se sentent aujourd’hui comme hier délaissés, abandonnés. Objectivement, ils ont raison dans l’absence encore aujourd’hui d’une véritable politique d’aménagement du territoire. Or ni les communes, ni les communautés de communes, ni les communes nouvelles et ni les départements ne peuvent suppléer au rôle de l’Etat. C’est pourquoi, je plaide à l’infini pour la création d’une Agence nationale de revitalisation rurale (ANRR). C’est mon crédo et je pense que 2018 devrait permettre l’émergence de cette agence au même titre que l’ANRU créée il y a 10 ans, qui s’occupe des quartiers sensibles.

 

De nombreux dossiers connus sont encore en suspens.

 

Oui et malgré l’alternance socialiste d’il y a 5 ans, force est de constater qu’ils n’ont pas avancés. Je pense notamment à la RN 88 qui est une route nationale et non pas régionale. Il appartient à l’Etat, et à lui seul, de dégager les fonds publics nécessaires à son aménagement. A cet égard, je ne crois à pas à une 2×2 voies totales mais à des aménagements ponctuels dans la vallée du lot, à Mende et à Langogne. Ce serait déjà beaucoup.

 

Concernant le train, le gouvernement Valls a commis une très grave erreur ainsi que Carole Delga. La régionalisation des TET de l’Aubrac et des Cévennes est une folie. J’ai été le premier à le dénoncer et j’avais raison. Aucune région n’aura la capacité de financer la régionalisation de ces lignes. Il faut revenir urgemment à la compétence Etat.

 

Sur la téléphonie fixe, j’ai déposé plainte contre Orange qui est chargé du service universel et qui ne respecte pas ses engagements. Je ne céderai pas sur ce point.

 

Sur la téléphonie mobile, les opérateurs viennent de débloquer 3 milliards d’euros pour rendre accessibles les communes et les hameaux non desservis. C’est une décision exceptionnelle.

 

Sur le numérique, tous les départements souhaitent le Très Haut Débit, la 4G, la 5G, et la fibre optique. Le département  de la Lozère sera fibré comme tous les autres territoires en France. Mais ce que je regrette, c’est que les communes, communautés de communes et le département soient obligés de financer alors que ce sont les opérateurs et l’Etat qui devraient financer intégralement ce projet. Nous aurons des surprises dans ce dossier.

 

Vous êtes particulièrement caustique sur la politique menée par le département.

 

Oui, car on fait le contraire de ce que l’on dit. D’un côté, on nous dit qu’on n’a pas d’argent, plus de dotations de l’Etat, on ne finance plus les EHPAD, on ne finance plus des actions sur le territoire … Et dans le même temps, on finance ce qui n’est pas de notre compétence et on communique de manière outrancière tout en dénigrant le travail de la majorité antérieure pour dire qu’on est meilleur.  C’est un peu affligeant comme manière de faire de la politique.

 

Quelles seront vos priorités pour 2018 ?

 

Je vous l’ai dit l’ANRR qui donnerait une nouvelle impulsion à la politique d’aménagement du territoire et à la ruralité. Elle pourrait ainsi financer des programmes pluri annuels, pourrait proposer d’assouplir des normes et apporter une ingénierie  technique sur les territoires. Je pense également à la création d’une nouvelle prison qui créera de l’emploi, au soutien de notre secteur sanitaire et social, notamment les EHPAD dont les effectifs doivent être renforcés ainsi que nos centres pour personnes en situation de handicap car le « tout inclusion » voulu par le gouvernement ne doit pas mettre à mal nos établissements d’accueil.

 

Je pense aussi à des corrections de la loi NOTRe sur l’eau, l’assainissement, les PLU. Je suis atterré par la complexité de l’urbanisme à travers les SCOT, les PETR, … Des machins qui ne servent strictement à rien et qui empoisonnent la vie des élus locaux.

 

 

 

Et sur les questions de société ?

 

L’année 2018 devrait être une année de révision profonde sur les retraites avec plus d’équité  pour les petites retraites. La question de la dépendance devrait également être abordée ainsi qu’une nouvelle loi sur les SPV. Je souhaite également que les anciens combattants soient mieux pris en considération.

 

Concernant les services publics ?

 

Je pense que les télétransmissions, la dématérialisation, l’émergence de nouvelles technologies de l’information et de la communication seront au cœur des échanges entre citoyen et administration. Ayant été un artisan du développement du télétravail en France, je poursuis mon combat au service de la population grâce au réseau numérique.

 

Concrètement votre action se fera de quelle manière ?

 

J’ai dit au Premier Ministre que je suis disposé à être parlementaire en mission. Je l’ai été six fois dans les années antérieures. Je suis un député d’expérience, plutôt technique. Je reste dans cette orientation, servir mon pays quelles que soient les idéologies. Si je peux être utile, c’est ma seule satisfaction.

 

Sur le cumul des mandats.

 

Le gouvernement  Hollande a interdit aux parlementaires d’être maire ou président de communauté de communes. Cela s’avère une erreur et dans les réformes à venir je plaiderai la possibilité d’exercer une fonction d’exécutif local avec le mandat parlementaire. Je voterai également la réduction du nombre de députés et de sénateurs et j’espère que cette question fera l’objet d’un référendum. Je pense aussi qu’un parlementaire doit exercer une activité professionnelle. Il faut une interaction permanente entre société civile et activité politique pour éviter tout déphasage de l’élu.

 

Sur l’agriculture et les dossiers lozériens

 

L’année 2018 devrait permettre une meilleure considération de l’agropastoralisme par rapport au loup. Elle devrait également permettre une réhabilitation de l’élevage de montagne qui est de qualité. La mission que j’ai menée sur les abattoirs m’a permis de percevoir la nécessité de mesures nouvelles en la matière au titre de la sécurité alimentaire. Je m’investirai également sur les notions de sécurité à travers les fichiers de police et de gendarmerie.

 

Comment faites-vous pour être à Paris et en Lozère.

 

Une bonne organisation, une bonne équipe, une volonté de faire féroce. Bref, une passion. Cela permet de transcender bien des blocages et de franchir des obstacles. Je suis inoxydable, rien ne m’arrête.

 

Et les ZRR.

 

J’ai gagné ce dossier en exigeant du gouvernement de revoir ce dossier de fond en comble.

 

 

Transparence et argent public.

 

J’ai averti Sophie Pantel qu’elle ne peut pas utiliser l’argent du département au titre de la communication institutionnelle à des fins de promotion personnelle et à des fins de politique politicienne. Ses récents achats d’espaces coûtent chers et la chambre régionale des comptes aura à en connaitre. Je lui avais déjà dit que je n’étais pas d’accord sur le recrutement d’un chauffeur de plus et d’un ancien député à la retraite. L’argent public n’est pas fait pour ça !

 

 

Sophie Pantel  et l’opposition

 

J’ai connu Sophie Pantel pendant des années dans l’opposition. Elle n’avait de cesse que de critiquer la baisse des dotations, l’insuffisance des mesures que la majorité de l’époque pouvait prendre. Elle a déposé de nombreuses motions qui n’ont jamais servi à rien. Aujourd’hui, je constate que ça ne va pas mieux. On a toujours des baisses de crédits, des suppressions de postes de fonctionnaires, des fermetures de perceptions, des difficultés pour assurer l’entretien des routes. La téléphonie fixe est une catastrophe et j’en passe ! Elle est un pur produit du Parti socialiste en soutien à François Hollande. A l’époque, elle critiquait. Aujourd’hui elle est confrontée à la dure réalité des choses et elle ne fait pas mieux que la précédente majorité.